Au début du XXᵉ siècle, voler est encore un rêve fou. Les machines volantes s’élèvent quelques secondes, vacillent, retombent. Et puis arrive un homme au parcours inattendu, sportif, inventif, un peu tête brûlée : Henri Farman. C’est lui qui, en 1908, réussit l’un des premiers vols de ville à ville en France, entre Bouy et Reims. Un exploit qui transforme la Champagne en symbole de la conquête du ciel. Mais Henri Farman, ce n’est pas seulement un vol historique : c’est aussi un constructeur visionnaire, un champion de records, et un nom encore gravé dans la mémoire de Reims.
Des débuts modestes mais ambitieux
L’histoire commence dans les années 30 lorsqu’un ingénieur nommé Max Holste installe à Reims un petit atelier d’avions portant son nom. Après plusieurs prototypes notables et l’industrialisation du MH-1521 Broussard, la société s’associe à Cessna en 1960 pour produire en France les avions légers du constructeur américain. L’entreprise sera finalement renommée Reims Aviation en 1962.
Une coopération franco-américaine
Sous licence Cessna, les ateliers produisent des modèles adaptés au marché européen, tels le F150 et le FR182. La lettre F, pour la France, devient un symbole de qualité, de fiabilité et d’élégance. Ces avions incarnent alors le savoir-faire aéronautique français et formeront des milliers de pilotes pendant plus d’une vingtaine d’années.
L'âge d'or de Reims Aviation
Le déménagement à Prunay en 1967 marque l’apogée de l’entreprise, ainsi que la production du millième avion sorti un an plus tard, la production de bimoteurs et une diversification vers la sous-traitance pour Dassault, Airbus ou encore Socata. Dans les ateliers, ingénieurs et techniciens rémois travaillent avec minutie : l’aéronautique devient ici un art de vivre. L’entreprise emploie plusieurs centaines de personnes, et l’aérodrome de Reims-Prunay bourdonne d’activité.
Le Reims F406 : l'avion 100 % champenois
Dans les années 1980 et 1990, l’entreprise poursuit son activité de production et ses travaux de sous-traitance, mais connaît plusieurs changements d’actionnaires.
En 2003, Reims Aviation est scindée en deux entités :
Reims Aérospace, spécialisée dans la sous-traitance, intégrée plus tard au groupe Novae ;
Reims Aviation Industries, dédiée au F406 Caravan II, un bimoteur pressurisé conçu entièrement à Reims.
Utilisé par les garde-côtes, les compagnies de cartographie ou pour le transport d’affaires, il F406 représente le sommet de la maîtrise aéronautique rémoise.
Un héritage toujours présent
Fragilisée financièrement, Reims Aviation ferme en 2014, mettant fin à plus d’un demi-siècle de production aéronautique à Prunay. Cependant, celle-ci demeure visible de par ses hangars ainsi que ses avions continuant de voler dans les aéroclubs. L’histoire de l’entreprise rappelle celle de la ville elle-même : audacieuse, inventive, tournée vers l’avenir.